Edito

 

 

Après Phèdre jouée trente-quatre fois dont  quatorze au TNBA, la compagnie propose pour sa création 18/19 de reprendre La femme comme champs de bataille de Matéi Visniec.

J’ai fait une première mise en scène de ce texte en 1999 au Glob-théâtre de Bordeaux. Depuis, l’idée d’un jour explorer à nouveau cette écriture ne m’a pas quittée.

La femme comme champs de bataille est un spectacle intense et bouleversant sur la reconstruction de deux femmes confrontées à la violence de la guerre. Il met en scène la rencontre de deux femmes, une psychologue américaine, Kate, et une jeune femme des Balkans, Dorra, victime d’un viol pendant les conflits qui déchirent l’ex-Yougoslavie. Elles sont dans une chambre d’hôpital en Allemagne, loin des atrocités de la guerre, et vont peu à peu apprendre à se connaître. Dorra est enceinte et veut mourir, Kate veut à tout prix sauver l’enfant du viol. Ce face-à-face révèle les fractures intimes des deux femmes que tout oppose en apparence.

Dorra et Kate, deux mondes qui se rencontrent, l’Est et l’Ouest, deux femmes bouleversées par l’histoire, toutes les deux victimes, toutes les deux marquées à vie. L’une dans l’intimité de sa chair, l’autre dans l’intimité de sa conscience.

Qui a le plus besoin de l’autre ?

A travers ces deux personnages, le texte de Matéi Visniec met en lumière les conséquences dévastatrices d’une guerre qui fait du corps de la femme un espace de conquête et de profanation, à la fois physique et symbolique.

Je reprends ce spectacle dans une autre scénographie, en explorant d’autres pistes. Je n’oublie pas non plus que cette création fut le point de départ de ma collaboration avec le théâtre de guerre de Sarajevo (SARTR) et de toute l’aventure en Bosnie-Herzégovine qui a suivi. Pour la mémoire. Pour rappeler la fragilité de cette Europe oubliée. Pour rester fidèle.

Jean-Luc Ollivier